Édito du Président de la CRE

Le monde de l’énergie est selon toute vraisemblance entré dans une phase de profond bouleversement. Le coût des énergies renouvelables diminue régulièrement au point qu’elles se développeront sans doute demain sans qu’il soit nécessaire de les subventionner. De même, il sera de moins en moins coûteux de stocker l’électricité, de façon centralisée ou décentralisée. Parallèlement, la transformation numérique de nos sociétés ouvre des possibilités nouvelles qui semblent illimitées et permet d’envisager un système énergétique moins centralisé, impliquant davantage les consommateurs et les acteurs locaux.

Ce qui était impossible ou utopique est en train de prendre forme sous nos yeux. Des objectifs hier de nature politique et tirés par la nécessité de préserver le climat et l’avenir de nos enfants vont peut-être se réaliser par le simple jeu de l’innovation technologique et des lois de l’économie, au moindre coût pour nos concitoyens.

Quels que soient le rythme et l’ampleur réels des évolutions à venir, de telles transformations ne vont pas sans risque. Des pans entiers de nos systèmes énergétiques peuvent perdre de leur valeur économique, des entreprises peuvent se retrouver en difficulté, des emplois existants peuvent disparaître. Notre pays a beaucoup d’atouts pour faire face au changement, et notamment des entreprises leaders européennes ou mondiales sur toute la chaîne de valeur du secteur de l’énergie, qui entraînent un tissu industriel performant et innovant. Il est d’autant plus indispensable que notre pays prenne la mesure des changements à venir, dans toute leur complexité et dans toutes leurs dimensions, pour mieux les anticiper et les accompagner.

C’est la raison d’être du Comité de prospective que j’ai pris l’initiative de créer auprès de la CRE. Il devra réfléchir à toutes ces questions passionnantes, identifier les tendances lourdes, envisager les disruptions susceptibles d’intervenir dans le secteur. J’ai souhaité un comité large, rassemblant les acteurs du secteur de l’énergie, et au-delà toutes les sensibilités et toutes les composantes de la société. Même si les sujets de l’énergie peuvent avoir une grande complexité technique, il s’agit avant tout de sujets de société.

Mais surtout le comité de prospective devra rassembler, réunir toutes les parties concernées et intéressées par cet effort de réflexion collective. C’est collectivement que nous trouverons les chemins de transformation les plus efficaces, et que nous éclairerons les pouvoirs publics, gouvernement, parlement, collectivités territoriales, et plus largement l’ensemble de la communauté nationale.

Jean-François CARENCO
Président de la Commission de régulation de l’énergie